Raymond Aron, 40 ans après sa mort: un maître pour comprendre les défis d’aujourd’hui - Par Guillaume Perrault
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| Raymond Aron, en 1977. Sophie Bassouls / Bridgeman Images |
Le mot de Laurent Sailly
Né en 1905 dans une famille juive bourgeoise, marqué par la figure d’un père intellectuellement ambitieux mais ruiné. Raymond Aron est un élève brillant : hypokhâgne à Condorcet, entrée à Normale Sup en 1924, agrégation de philosophie en 1928. Il est influencé par Alain, pacifiste et individualiste, et par Max Weber, qu’il découvre lors de son séjour en Allemagne (1930‑33).
Témoin direct de la montée du nazisme à Cologne et Berlin ; il observe lucidement l’attrait d’Hitler sur une partie de la jeunesse allemande. Cette expérience le conduit à abandonner le pacifisme et à privilégier l’intérêt national face à la menace hitlérienne. Il développe une éthique intellectuelle fondée sur la probité, la franchise, le refus du pathos et la primauté des faits.
En 1936, il vote pour le Front populaire, mais critique sa politique économique, notamment les 40 heures, qu’il juge irréalistes et néfastes. Il pose une analyse nuancée de la guerre d’Espagne, méfiant envers l’influence soviétique, et refuse les simplifications idéologique. Très tôt, il est lucide sur la nature du stalinisme et sur les illusions de nombreux intellectuels français.
Mobilisé en 1939, témoin de l’effondrement militaire de 1940, événement qui marquera durablement sa pensée stratégique. Il rejoint Londres et la France libre, dirige la revue La France libre mais garde une attitude critique envers De Gaulle (autoritarisme, culte de la personnalité). Son analyse de Vichy est nuancée, distinguant l’armistice de 1940 des pleins pouvoirs et reconnaissant plus tard avoir sous-estimé la responsabilité propre du régime dans l’antisémitisme d’État.
Après_guerre, il hésite entre vie universitaire et rôle public et devient une figure majeure du Figaro puis de L’Express. Il défend le libéralisme politique contre la domination intellectuelle du marxisme dans les années 1950‑70 .
Il publie L’Opium des intellectuels (1955), critique majeure des mythes de la gauche révolutionnaire. Très isolé dans l’intelligentsia parisienne, il est respecté à l’étranger et auprès des dirigeants occidentaux (Kissinger) .
Dès 1957, il juge l’indépendance algérienne inévitable
et critique les illusions de l’intégration. Il soutient le retour de De Gaulle en
1958 mais critique sa gestion de la crise algérienne et la manière dont il «
transfigure la défaite » .
Il est nuancé sur les institutions de la Ve République et les relations internationales (dissuasion, URSS, Europe) .
Révolté par les événements de mai 68, qu’il voit comme une démission de l’autorité et un triomphe de la logorrhée idéologique. Il publie La Révolution introuvable, critique sévère du mouvement et de ses conséquences universitaires et politiques.
Il devient une référence morale et intellectuelle dans les années 1970‑80, notamment après Soljenitsyne et la prise de conscience des crimes communistes. Il reste pessimiste sur l’avenir de l’Europe : déclin démographique, perte de puissance, paralysie idéologique.
Aron meurt en 1983, juste après avoir témoigné en faveur de son
ami Bertrand de Jouvenel.
Il est LA figure du libéralisme classique français, nourri d’histoire et de sens de l’État, et le défenseur de la responsabilité, de la lucidité, de la modération, contre les illusions idéologiques. Sa réflexion sur l’autorité, la décadence, la démocratie libérale et les relations internationales demeure d’une actualité frappante.
Guillaume Perrault
Raymond Aron, 40 ans après sa mort: un maître pour comprendre les défis d’aujourd’hui
