Un héritage pour comprendre la crise démocratique française au XXIème siècle ? - Par Rafaël Amselem et Baptiste Gauthey
Le mot de Laurent Sailly
Raymond Aron offre une grille de lecture permettant
d’éclairer la crise démocratique française actuelle. Sa distinction centrale
oppose la démocratie libérale‑constitutionnelle, fondée sur la
limitation du pouvoir et le respect de l’opposition, à la souveraineté
populaire rousseauiste, susceptible de dériver vers la toute‑puissance
majoritaire. Pour Aron, la démocratie repose sur la concurrence pacifique
et donc sur la construction du compromis, condition de l’inclusion des
forces sociales et de la stabilité politique . Or trois dynamiques fragilisent
aujourd’hui ce compromis : l’excès de radicalité qui criminalise
l’adversaire , la rhétorique de l’arc républicain qui délégitime toute
alternance , et l’hyper‑présidentialisation qui assèche les espaces de
délibération et paralyse l’action publique. Et Rafaël Amselem et Baptiste
Gauthey de conclure que la démocratie française souffre d’un État à
la fois omnipotent et inefficace, miné par une demande égalitaire toujours
croissante.
