Raymond Aron cancellé - Par Laetitia Strauch-Bonart

Le mot de Laurent Sailly
Revenant sur l’isolement dont Aron a été fréquemment victime, Laetitia Staruch-Bonart estime que ses positions se sont révélées clairvoyantes.
Raymond Aron apparaît comme un penseur libéral
longtemps marginalisé en France, où son refus des idéologies et son
exigence de lucidité l’ont souvent isolé. Dès sa thèse de 1938, il se place «
entre les blocs », refusant les extrêmes et les fidélités partisanes. Durant la
guerre, puis au Figaro et au RPF, il demeure critique, indépendant, et donc
difficile à classer. Dans les années 1950, son anticommunisme raisonné et sa
défense de l’Alliance atlantique lui valent un isolement profond, nourri de
rumeurs et d’hostilité universitaire. Sa position en faveur de la
décolonisation, notamment dans La Tragédie algérienne, choque droite et
gauche. Hostile aux mythes de Mai 68, il s’oppose au « terrorisme du pouvoir
étudiant ». Aron revendique une éthique de responsabilité fondée sur le réel,
loin des réflexes idéologiques, ce qui explique à la fois sa solitude et la
postérité de sa clairvoyance.